L’éruption normale des dents de lait débute vers 6 à 10 mois, rarement à 4 mois. Les faits font toutefois état de cas où les dents avaient déjà percé au moment de la naissance, ce sont les dents congénitales. Pour être plus précis, on parle de dents natales lorsque les dents sont présentes à la naissance et de dents néonatales quand elles apparaissent dans les 30 premiers jours de vie. Et dans les cas où elles apparaissent entre le 2e et le 5e mois, le terme de dentition précoce est utilisé.
Les dents natales et néonatales sont évoquées dans diverses cultures, où elles étaient associées à des croyances superstitieuses. Dans l’Antiquité, les garçons nés avec des dents étaient promis à un avenir radieux alors que les filles laissaient présager malheur. En Grande-Bretagne, en Suède, de tels enfants représentaient pour leurs parents une promesse d’avoir un enfant intelligent, fortune, beau avec un destin d’exception. En Pologne, en Inde, en Chine, en Afrique et chez nous en Haïti, de tels enfants étaient considérés comme porteurs de malheur. De craintes de malédictions ces enfants étaient souvent même tués dans certaines cultures. Certains personnages célèbres, comme Louis XIV, Richard III, Napoléon, Hannibal et Einstein seraient nés avec des dents
Avec une prévalence de 1 :2000 à 1 :3000, il s’agit d’anomalies relativement rares, qui sont toutefois un peu plus fréquentes en cas de fentes labio-palatines. Ces dents s’observent dans 85% des cas dans la région des incisives centrales mandibulaire (60% par paire), les dents du maxillaire supérieur et les molaires sont rarement affectes (BODENHOFF & GORLIN, 1963).
Ces dents-là peuvent être des dents primaires, ne nécessitant aucun traitement. Si ces dents sont par contre mobiles, elles peuvent être des dents supplémentaires qui se sont développées de façon précoce. En effet, ces dents trop précoces sont très souvent de mauvaise qualité, mal enracinées. Le risque encouru du fait de ces anomalies est celui d’une chute inopinée de la dent, et éventuellement, de son passage dans les voies respiratoire. C’est pourquoi, dans certains cas, le dentiste pourrait recommander de les enlever.
L’éruption prématurée des dents natales et néonatales demeurent en grande partie inexpliquées. Différentes théories ont été discutées, sans qu’il n’y ait pour autant une relation évidente : carences vitaminiques, facteurs hormonaux, traumatismes lors de la grossesse, syphilis congénitale, âge avance de la mère, prématurité (CHOW 1980, CUNHA et Coll. 2001).
L’éruption normale des dents entraîne des symptômes connus tels que douleur, irritation et hypersalivation. Il en va de même pour les dents congénitales. En raison de leurs arêtes vives, les dents peuvent causer des ulcérations des tissus mous (traumatisme de la langue, traumatisme du mamelon de la mère). En raison de l’hypominéralisation, des fractures et des caries ont été observées (BODENHOFF & GORLIN, 1963).
Lors de la prise de décision d’avulser une dent natale ou néonatale, il est important de considérer le degré d’hypermobilité, les difficultés d’allaitement, et la présence de lésions traumatiques ; il faut également évaluer s’il s’agit d’une dent surnuméraire ou d’une dent de lait normale (CUNHA et Coll. 2001). En cas d’avulsion dans les 10 premiers, il est recommandé de donner de la Vitamine K en vue d’assurer une bonne coagulation.
Dr Carl Gurvitch JULIEN