Grève à répétition dans les hôpitaux publics, réclamation d’augmentation de salaires des professionnels de la santé, manque d’intrants dans les hôpitaux, face au faible pourcentage du budget national alloué à la santé, le problème de financement de la santé en Haïti se pose. Ceci devrait être une préoccupation pour chaque Haïtien. Les étudiants de première année du deuxième cycle d’étude médicale (DCEM 1) de la Faculté de Médecine et de Pharmacie – Ecole de Biologie Médicale de l’Université d’Etat d’Haïti (FMP-EBM / UEH) ont invité des personnalités importantes à débattre du sujet au cours du colloque organisé le jeudi 6 juillet 2017 au sein de la faculté avec le thème : “Financement du système de santé haïtien, état actuel, propositions et perspectives.”
Ce colloque, qui a duré plus 4 heures, a vu suivre les interventions de personnalités de renom devant des étudiants attentifs et des professionnels de la santé toujours désireux de discuter du sujet, de faire valoir leurs opinions, de faire ressortir les problèmes et de proposer des solutions. La commission scientifique de la classe de troisième année présidée par l’étudiant Raema Mimrod Jean a pu réunir le Dr Francisco De La Cruz, ancien sénateur de la république, le Dr Ronald Laroche, le Dr Eddy Labossière , le Dr Rudy Thermidor (représentant du Dr Lauré Adrien), le Dr Emile Herald Charles et l’économiste Etzer Emile.
Tout le monde est d’accord là-dessus: “Le système de santé haïtien a un problème de financement.” Avec des pourcentages autour de 4 et 5% du budget national alloué à la santé ces dernières années, il est clair que la population en souffre. A ce maigre part qu’apporte l’état Haïtien, il y a la contribution des ménages et la subvention considérable des organismes internationaux surtout à travers les ONG. Haïti est loin de respecter les 15% du budget recommandé comme minimum devant être alloué à la santé. Ce pourcentage varie souvent en fonction des accointances du ministre avec le président ou le parlement qui vote le budget. Ce qui constitue un handicap.
A côté du problème de récolte de fonds, il se pose des problèmes majeurs de gestion des ressources dont le secteur dispose. Il existe le problème de continuité dans les projets qui provoque des retours de sommes considérables à des bailleurs quand il y a des changements de personnes à des postes clés. Il y a cette faiblesse dans la coordination et dans l’exécution des tâches. L’auditoire, surtout les plus jeunes, a été surprise d’apprendre que, malgré tout, il peut arriver qu’en fin d’exercice fiscal la totalité du budget alloué ne soit pas ventilée. Il y a peu d’investissement dans le secteur. Nous avons de grands et beaux locaux qui n’arrivent pas à fonctionner et desservir la population comme il se doit. L’Hopital de l’Université d’Etat d’Haïti est un exemple.
Aujourd’hui Haïti a un système de santé où les hôpitaux publics donnent des soins gratuitement. Mais quels soins? Ils manquent de tout car aux maigres allocations du budget dans le secteur s’ajoute une gestion désastreuse des ressources. Le système octroie des emplois de très mauvaise qualité. Une grande partie de la population s’oriente vers les structures gérées par les organismes non gouvernementaux et d’autres payent à l’acte dans les hôpitaux privés. Une très fine tranche de la population est munie d’une carte d’assurance.
Haïti ne peut se permettre de donner des soins de santé gratuitement. Il est important de trouver des solutions permettant à tout le peuple d’avoir accès à des soins de santé de qualité tout en diminuant l’importance de l’implication des ONG dans la prestation des services. L’état doit encourager les investissements privés, s’ouvrir aux innovations et utiliser les nouvelles technologies au mieux pour avoir de meilleurs résultats. L’état doit aider à permettre de munir la population d’une carte d’assurance à des tarifs accessibles et dans le cas écheant subventionner certaines couches de la population pour l’acquisition de cette carte. Telles ont été les propositions.
Au terme de ce colloque qui a suscité beaucoup de questions, l’assemblée est unanime à reconnaître qu’il est urgent de mettre en place d’autres plans. Les organisateurs promettent de rédiger le cahier de charges et de l’acheminer aux autorités concernées.
Félicitations aux étudiants de la DCEM 1 de la FMP-EBM/UEH particulièrement à la commission scientifique pour cette initiative. Aujourd’hui nous avons vraiment besoin de chercher des idées nouvelles dans les espaces dédiés à cet effet : L’université.
Peterly PHILIPPE, MD